Grumanaissance...

Publié le par Kiwette



Aujourd’hui est un grand jour, je vais vous raconter la grumo-expulsion.

 

 

 

Comme un parfum de déjà vu…

 

Nuit de mercredi à jeudi. Il est  3 heures du mat’, je me lève pour la 312ème fois, cette fois pour siroter un verre de jus avant de retenter une immersion dans les bras de Morphée. Je glisse lentement vers le pays des songes, bercée par les mouvements fœtaux qui rythment depuis un moment chacunes de mes nuits.

Une contraction.

Banale, le genre que j’ai depuis des semaines, pas à se torde mais bien présente.

Puis plouf.

Les grandes eaux.

« Marde marde marde! Vl’là que je fais de l’incontinence.

   Chui bonne pour l’hospice des pachydermes grabataires section soins palliatifs mûa».

Sauf que çà coule de plus belle, et qu’à ce stade c’est plus de l’énurésie.

C’est clair, je perds les eaux, la poche a rompue.

« Marde marde maaaaaaarde » dis-je cette fois-ci haut et fort dans un sursaut qui me sort du lit.

Puis, une fois sur la lunette des toilettes, en plein Niagara :« pitin, pitin, pitiiiiiiiiiin ».

 

Non, à ce moment précis, la poésie n’est véritablement pas mon fort.

 

Grufather lui, dort encore du sommeil des justes, avant d’être brutalement extirpé de cet état de grâce par mes hurlements de bœuf limousin : « debuuuuut, je perd les eaaaaaux ! »

Le réveil est brutal, c’est un fait.

Mon homme, qui croit encore à ce moment là que le général De Gaulle lance une offensive armée dans son salon, se retrouve debout en un éclair, en quasi position de garde à vous.

Je ne m’épanche pas en commentaires détaillés, le laisse tel quel, et repart vite boucler le sac pour la maternité non encore terminé à ce stade.

C’est lorsque je reviens, 5 minutes plus tard, que je découvre grufather allongé sur le dos, une main sur la tête, dans une position qui semble dire : « au zegour, je va mourru ».

 

Nan mais je rêve.

 

« Kess’ tu fous bordel ? Je viens de te dire que je perds les eaux ! Tu vas te lever oui ? »

 

« Blurp, za va pas. Z’ai envie de movir… »

 

Pitin, ces hommes. Sont incroyab’.

Montrez leur un porc-épique ougandais qui mange du caca souillé de movi ils se marrent.

Dites-leur juste « je perd les eaux, », il sont à l’article de la mort.

 

« Oui, bon, tu nous fera une gastro somatique plus tard hein, faut y aller maintenant. »

 

Grumal habillé, sacs bouclés, nous partons pour la maternité.

Je suis immédiatement prise en charge par le personnel soignant. On m’installe au monito, qui, et c’est là que les emmerdes commencent, est désespéramment plat.

Aucune contraction. Rien, walou, nada.

« Bon, laissons les choses venir, çà va se mettre en route ».

Il est 4h30 du matin, le col est ouvert à 2 doigts.

A 8h00 il n’aura quasiment pas bougé…

Pendant ce temps là, grufather est reparti piquer un somme, histoire de prendre des forces pour l’accouchement qui risque, au regard de son malaise passé, de lui être éprouvant…

Il revient vers 10h30, lorsque l’équipe décide de me déclencher en injectant de l’ocytocine, suite à une recherche de streptocoque positive.

Je reçois d’abord la péridurale, qui dans un premier temps fera brutalement chuter ma tension à 7, pendant quelques secondes qui me paraissent alors des heures…

 

Puis le produit fait effet.

Je suis, à ce moment là,  dans le même état qu’un jamaïcain héroïnomane membre d’un fan club de Bob Marley.

Mes jambes sont lourdes mais je me sens ultra légère et très sereine. La perfusion est ma meilleure amie, j’ai envie de dire à l’infirmière que je l’aime et de faire l’amour au monito.

Le peu de lucidité qu’il me reste encore m’évite toutefois tous ces débordements affectifs.

D’autant que la situation commence à sentir mauvais.

Malgré les doses de cheval d’ocytocine, mon col s’ouvre laborieusement. Régulièrement, les sages-femmes viennent faire l’état des lieux, à l’occasion rappelons-le de la plus grande journée porte-ouverte de la foune 2010.

Mais les heures passent et se ressemblent.

Je commence à sentir un parfum de déjà vu…sauf que cette fois-ci, j’y crois. Le grumal aquatique sortira par la voie royale, il ne peut en être autrement. Voilà plus de 8 mois que j’envisage ce moment, que je le dessine dans ma tête et en gomme les potentielles failles, que je le sculpte à l’image de mon rêve de parturiente. 

Mon petit va naître au monde et m’être déposé tout chaud sur le ventre, après quoi je pourrai l’embrasser tendrement , et lui offrir mon sein, après l’avoir porté en mon sein…

 

Sauf que.

Je comprends, très vite, que l’utopie n’est que chimère. Je détiens les ficelles mais ne les dirigent pas.

Une fois de plus, je ne maîtrise rien.

Après deux heures de stagnation, et un col qui campe à 6, la sentence tombe, telle une enclume lestée de haine :

Césarienne.

 

La terre qui s’écroule…

C’est le tsunami dans ma tête,  Katrina dans mon cœur.

Espoir brutalement dévasté, fantasme balayé, destin acharné.

« Je ne donnerai donc jamais la vie »…pensée lourde de peine, chargée de déception. Gros sentiment d’échec. Ma grossesse jugulée à son apogée, le feu d’artifice qui s’éteint aux premières lumières, la vie volée, plutôt que la vie donnée…

Mon chagrin est immense, mais je ravale mes larmes après avoir pleuré toutes celles de mon corps…j’ai rendez-vous avec mon fils, et je me dois de l’accueillir dans la joie.

 

Au bloc les médecins, sages-femmes et infirmières s’affèrent autour de moi. Je ne pleure plus, désormais concentrée sur mon ventre et le petit être qu’il contient pour quelques minutes encore.

Je connais la procédure, puis la sensation…les mains qui cherchent à l’intérieur, la tension qui monte, l’imminence de la rencontre…..le cri.

Comme pour le premier, une merveille de limpidité, de perfection. Je me délecte de cette petite voix cristalline, de ce timbre soprano à la tessiture opaline.

Mon fils est né, et c’est déjà une évidence…

Je ne l’ai pas encore touché que déjà je le sens, pas encore regardé que déjà je le vois.

On me le présente très vite. Mes larmes, désormais de bonheur, coulent sur ses joues laiteuses.

Il sent le bonbon.

Il sent la vie.

 

Et en mon for intérieur je sais que c’est moi, qui la lui ai donné…

 

 

 

 

 

 

 

Bienvenue mon amour, et longue vie à toi.




Commenter cet article

L!fe 10/02/2010 16:12


Félicitations, bien joué !
Bienvenue au grummal bis !


Kiwette 06/02/2010 13:38



Aurélie>> Au final, plus de rires que de larmes! :-) Merci à toi...

Caro>> J'essaye de ne pas en douter...et merci de m'y encourager! A très bientôt j'espère, nos grumeaux-que-c'est-nous-qu'on-a-fait sous le bras ;-)



caro 06/02/2010 01:17


Kiwette,
c'est bien toi qui à donné la vie, et personne d'autre. c'est en toi que grumal à poussé, c'est toi qu'il a senti et entendu, dans ton être à toi, et c'est bien de toi qu'il vient, qu'il est arrivé
au monde.
nous avons hate de le rencontrer. Bienvenu à lui, et fellicitation encore à grumother, à sa richesse, à sa capacité d'amour et à sa plume virtuose.
bisous doux, Caro.


Aurelie1404 05/02/2010 19:01


Un récit de Kiwette ... ou comment passer du rire aux larmes !
Très beau récit comme d'habitude...
Je vous souhaite beaucoup de bonheur à tous les 4 !


Kiwette 05/02/2010 18:52


J'aime assez l'idée du "déboutonnage" de ventre O'...je garde l'expression en tête ,-)

Merci de m'avoir lu à tous, et de partager un peu de moi à travers mes mots...